English version

Une exposition d’art et d’histoire, un dialogue entre une photographe française, Laurence Prat et une peintre japonaise, Nao Kaneko, imaginée par le commissaire d’exposition et historien Matthieu Séguéla et résolument ancrée dans la poésie.

Dans le Paris des années 1870, la femme de lettres Judith Gautier fait la connaissance de Kinmochi Saionji, jeune aristocrate de Kyôto venu étudier à la Sorbonne. Devenus amis, ils traduisent ensemble des tankas, courts poèmes japonais. Quelques années plus tard, ils publient une œuvre commune, Les poèmes de la libellule. Edité à Paris en 1885, l’ouvrage est illustré par le peintre Hôsui Yamamoto. Il est une des plus belles manifestations du japonisme. Cette collaboration littéraire et artistique, née de la rencontre d’une Parisienne et d’un Kyotôïte, est le symbole d’un dialogue fécond entre la France et le Japon. Deux cultures qui continuent d’explorer de nouvelles formes d’expression esthétique.

Aujourd’hui, les tableaux et les sculptures de Nao Kaneko ainsi que les photographies de Laurence Prat s’inscrivent dans ce dialogue. Leurs œuvres s’inspirent de la beauté de cette nature sublimée dans les Poèmes de la libellule.

Aérienne, la libellule – akitsu ou tombo en japonais, libella en latin signifiant l’équilibre. Elle est le symbole de cette nature qui parvient à s’épanouir même en milieu urbain comme à Paris.

Matthieu Séguéla, Commissaire de l’exposition.

En savoir plus sur Matthieu Séguéla

Laurence Prat, photographe.

 

 

 

 

 

 

« Sur l’eau de l’étang… », à partir de ces mots, extraits de l’anthologie les poèmes de la libellule de Judith Gauthier, mes images proposent une vision imaginaire d’une libellule dans son environnement naturel, ici, le jardin d’eau de Monet à Giverny…

Ce sont des photographies de parfums et de lumières, une envolée vers l’eau et le végétal par un vol court, irrégulier et léger. L’univers de la libellule comme métaphore de la poésie.

Si mes photographies sont un regard vers l’objet désiré, cet étang et son environnement, il ne nous est cependant visible qu’en partie.

… Sont allongés à même cette terre fraîche, les archives d’une plante. Je m’y attarde. Par endroit la peau marron de ces bulbes est arrachée, parfois soulevée et laisse voir un jaune pâle, si lisse. Tout y est inscrit, pourtant rien ne me laisse présager de sa beauté. Quelle peut-être la couleur de : le feu du roi ?

Le maître jardinier travail… Je vole…

… Arrivée dans le jardin d’eau, il me fait l’effet d’être en congés. D’habitude si apprêté, si parfaitement prêt à se laisser regarder, humé, épié, toujours tiré à quatre épingles, le ventre tourné vers le soleil glissant sur lui jusqu’aux confins du ruisseau-soir.

Ce filet d’eau qui enfle pour accueillir les nymphéas part se fondre dans le pré.

Hier, il-elle était au repos. Je ne sais pas encore si ce lieu est il ou elle, ce serait plutôt elle ou plutôt un tout ou un vide, ça aussi je ne sais pas.

Hier, donc il était abandonné… je me suis enfoncée dans l’étang du jardin d’eau de Monet.

Pour en savoir plus sur la série photographique

Nao Kaneko, peintre et sculptrice.

 

 

 

 

 

 

Dans les images de paysage où l’eau, le ciel, la lune et la végétation dominent, Nao Kaneko cherche à ne puiser que l’essentiel. Elle se retrouve alors dans un voyage imaginaire qui transforme ses créations en œuvres semi-abstraites. Elle utilise une technique de peinture traditionnelle en préparant la toile avec de la colle de peau et du plâtre. Associée à son expérience de la sculpture, à chaque réalisation elle s’essaye à de nouvelles pratiques. Ces imperfections qui n’en sont pas donnent des expressions différentes à ses œuvres.

Née à Tokyo, Nao Kaneko a suivi des études de dessin et de tissage traditionnel au Japon puis en Finlande et en France. En 1987, elle obtient son diplôme de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, en section sculpture. Elle développe aussi une œuvre plus en plus tournée vers la peinture. Dès lors, elle expose régulièrement en France, au Japon, aux États-Unis, en Corée, en Italie, ou au Liban. En 2016, deux expositions réunissent de nombreux tableaux de l’artiste dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste à Rouen -“Monet-Clemenceau, l’horizon infini, peinture de Nao Kaneko” – et au musée Clemenceau à Paris. En été 2018, elle a eu une grande rétrospective labellisée Japonismes 2018 sur le thème des échanges franco-japonais à l’hôtel des Barons de Lacoste à Pézenas.

Matthieu Séguéla est enseignant et chercheur associé à l’Institut français de recherche sur le Japon (CNRS-Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), Matthieu Séguéla est docteur en histoire de l’Institut d’Études politiques de Paris. Auteur de livres – Clemenceau ou la tentation du Japon (Cnrs Éditions, Prix Pavie) – et co-directeur d’ouvrages d’art et d’histoire, il assure depuis 2014 des commissariats d’exposition : Clemenceau, le Tigre et l’Asie au Musée national des arts asiatiques – Guimet (Paris) et au Musée des Arts asiatiques (Nice). En 2016 : Monet-Clemenceau, l’horizon infini. Peintures de Nao Kaneko au Festival Normandie Impressionniste (Rouen). Dans le cadre de Japonismes 2018 : Le vase Soulages, musée du Quai Branly-Jacques Chirac, (Paris) ; La vague et l’âme – Peintures de Nao Kaneko (Pézenas) ; Clemenceau et les Japonais, musée Clemenceau (Paris).